Compagnie Gaspard Buma
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Workshop lubyk

Workshop interne avec l’équipe de l’EPFL-ECAL-lab pour évaluer lubyk. Si tout va bien, on aura quelques démos à mettre en ligne…

Prochain spectacle

Nous travaillons actuellement sur le spectacle des bateaux pour nulle part prévu pour l’automne 2012.

Discours de Mme Nurit Peled-Elhanan

Deux discours magnifiques par leur pertinence, leur humilité et la lumière qu’ils jettent sur le conflit israélo-palestinien.

J’ai recopié ici deux discours de Mme Nurit Peled-Elhanan pour leur pertinence et la difficulté à les trouver dans leur intégralité sur internet. J’espère que vous apprécierez comme moi le courage de cette femmes, son humilité et la lumière qu’elle jettent sur un conflit par trop souvent obscure à nos yeux.

Discours lors de la remise du Prix Sakharov

13.12.2001

En une telle occasion, je sais qu’il est de bon ton de parler de l’espoir et des qualités humaines qui permettront à l’humanité de triompher. Veuillez donc me pardonner si je ne parle ni de l’un, ni des autres. À Jérusalem, là d’où je viens, l’espoir et l’humanité sont en train de mourir. Israël devient un cimetière de petits enfants, et ce cimetière grandit à chaque minute, tel un royaume souterrain qui croît sous nos pieds et transforme tout ce qui nous entoure en une terre de désolation. C’est dans ce royaume que réside ma petite fille, avec son meurtrier palestinien, dont le sang se mêle au sien sur les pierres de Jérusalem, qui depuis longtemps sont devenues indifférentes au sang.

C’est là qu’ils reposent, avec une multitude d’autres enfants, et tous ont été trompés. Le meurtrier de ma petite fille a été trompé, parce que son meurtre et son suicide n’ont rien changé, n’ont pas mis fin à la cruelle occupation israélienne et ne l’ont pas fait entrer au paradis, et parce que les gens qui lui ont promis que son acte aurait un sens se comportent comme s’il n’avait jamais existé. Ma petite fille a été trompée, parce qu’elle pensait, comme ses milliers de nouveaux frères et soeurs, que sa vie était sans danger, que ses parents la protégeaient du mal et que rien ne pouvait arriver aux petites filles qui sont bonnes et douces, et vont par les rues de leur ville à un cours de danse. Et on les a tous trompés, parce que le monde continue à tourner comme si leur sang n’avait jamais été versé.

Le poète Dylan Thomas a écrit un jour ‘Et la mort n’aura pas de royaume’. À Jérusalem, là d’où je viens, la mort a reçu un royaume. Et ceux qui le lui ont donné sont les hommes qui se désignent comme des ‘dirigeants’. Ils semblent pourtant capables de vivre en paix lorsque c’est réellement nécessaire. Le vendredi 1er décembre, le principal article du journal local de la Jérusalem exsangue nous apprenait que Jéricho vivait dans le calme depuis deux mois : pas de soldats israéliens, pas de policiers, pas de fusillades. Et ce n’est pas parce que les Américains sont parvenus à convaincre Sharon de ne plus envoyer des garçons israéliens de 18 ans assassiner des Palestiniens innocents, ou à convaincre les Palestiniens de cesser de se tuer eux-mêmes avec des Israéliens innocents. Non. Jéricho est calme parce que les dirigeants israéliens et palestiniens ont décidé de rouvrir le casino dont ils profitent eux-mêmes, avec certains hommes d’affaires allemands et autrichiens. La pensée qui m’est venue immédiatement à l’esprit, à la lecture de cet article, a été que ma petite fille valait encore moins qu’un jeton de roulette. Près de 200 enfants tués dans l’Intifada en cours, dans le massacre en cours, valent moins que des jetons de roulette. D’une certaine manière, pourtant, je n’ai pas été surprise, car j’ai toujours su que la guerre qui sévit dans notre région n’opposait pas le peuple israélien et le peuple palestinien mais ces ‘dirigeants’ qui détruisent des vies et les gens des deux bords qui perdent leurs enfants dans les parties de roulette mortelles de ces politiciens. Ces politiciens et leurs généraux, qui ont transformé notre région, et transforment le monde entier, en un désert couvert de tout petit os.

Ces êtres rusés utilisent Dieu et le bien de la nation, la liberté et la démocratie, pour nous convaincre de fournir la chair et le sang qui alimentent leurs jeux mortels. Ils utilisent notre peine comme un instrument politique et nos enfants comme les jetons de leur jeu de loterie : tu tues 10 de mes enfants et je tue 300 des tiens, et nous sommes quittes jusqu’à notre prochaine rencontre.

Ce n’est pas une nouveauté dans l’histoire de l’Homme. Les chefs ont toujours utilisé Dieu et toute autre valeur sacrée, comme l’honneur et le courage, pour excuser leurs ambitions mégalomanes. Et à travers l’Histoire, la seule voix qui s’est élevée pour tenter de s’opposer à eux, a été celle des mères. La voix des sages-femmes hébreuses qui n’ont pas obéi à Pharaon quand il leur a ordonné de tuer les nouveau-nés, la voix de notre mère biblique, Rachel, pleurant ses enfants et refusant d’être réconfortée. La voix des femmes de Troie, des mères d’Argentine, des mères d’Irlande et des mères d’Israël et de Palestine. C’est la voix de celles qui donnent la vie et sont déterminées à la préserver.

On m’a souvent demandé si je ressentais le besoin de venger le meurtre de ma petite fille, qui a été tuée simplement parce qu’elle était née israélienne, par un jeune homme qui se sentait désespéré jusqu’au meurtre et au suicide, simplement parce qu’il était né Palestinien. Et je cite toujours, en réponse, ce vers du grand poète hébreu Bialik, qui a déclaré : ‘Satan n’a pas encore créé de vengeance pour le sang d’un petit enfant’. Et ce n’est pas parce que Satan n’en a pas les moyens, je vous assure, c’est seulement parce qu’après la mort d’un enfant, il n’y a pas de vengeance, car il n’y a plus de mort et plus de vie. Après la mort d’un enfant, le seul sentiment qui demeure, le seul désir, le seul besoin qui restera à tout jamais insatisfait, est celui de protéger l’enfant. Les mères qui ont perdu leur enfant, comme moi, vous diront que leurs bras ressentent constamment le besoin d’enserrer l’enfant, de le garder du danger. Aucune vraie mère ne pensera jamais à se consoler en tuant un autre enfant.

Lorsque Luisa m’a parlé du prix Sakharov, j’ai eu l’impression de ne pas le mériter, car je n’ai jamais sauvé la vie d’un enfant, pas même celle du mien. Mais ensuite, j’ai pensé que le prix n’était pas pour moi, mais pour cette voix, que m’a donnée la mort, la voix de la mère endeuillée, qui transcende les nationalités et les religions et même le temps, et que les politiciens et les généraux se sont efforcés d’opprimer et d’étouffer, depuis qu’il y a des hommes et des guerres. C’est la seule voix qui demeure après la violence, et qui comprend réellement ce que signifie la fin de toute chose.

Les mères savent que la mort d’un seul enfant – de n’importe quel enfant, serbe ou albanais, irakien ou afghan, palestinien ou juif – est la mort du monde entier, de son passé et de son avenir.

Si nous ne voulons pas que notre planète entière devienne le royaume de la mort, nous devons faire entendre la voix des mères jusqu’à ce qu’elle assourdisse toutes les autres. Nous devons entendre à nouveau le Dieu qui disait ‘Ne pose pas la main sur l’enfant’. Si le monde n’écoute pas la voix des mères, très bientôt, il n’y aura plus rien à dire, plus rien à écouter, si ce n’est les lamentations d’un deuil sans fin. Je vous en prie, aidez les mères à triompher et à sauver les enfants.

Je vous remercie.

Discours lors de la journée Internationale des Femmes, parlement européen

8.3.2005

Merci de m’avoir invitée à cette journée. C’est toujours un honneur et un plaisir d’être ici, parmi vous.

Cependant, je dois admettre que je crois que vous devriez avoir invité une femme palestinienne à ma place, parce que les femmes qui souffrent le plus de la violence dans mon pays sont les femmes palestiniennes. Et je voudrais dédier mon discours à Miriam R’aban et à son mari Kamal, de Bet Lahiya dans la bande de Gaza, dont les cinq petits enfants ont été tués par des soldats israéliens alors qu’ils ramassaient des fraises dans le champ de fraises de la famille. Personne ne passera jamais en jugement pour ce meurtre.

Lorsque j’ai demandé aux gens qui m’ont invitée ici pourquoi ils n’invitaient pas de femme palestinienne, leur réponse a été que cela rendrait la discussion “trop localisée”. Je ne sais pas ce qu’est la violence non localisée. Le racisme et la discrimination peuvent être des concepts théoriques et des phénomènes universels, mais leur impact est toujours local, et bien réel. La douleur est locale, l’humiliation, les abus sexuels, la torture et la mort sont tous très locaux, de même que les cicatrices.

Il est malheureusement vrai que la violence locale infligée aux femmes palestiniennes par le gouvernement d’Israël et l’armée israélienne s’est étendue sur toute la planète. En fait la violence d’Etat et la violence de l’armée, la violence individuelle et collective, sont le lot des femmes musulmanes aujourd’hui, pas seulement en Palestine mais partout où le monde occidental éclairé pose son grand pied impérialiste. C’est une violence qui n’est presque jamais abordée et que la plupart des gens en Europe et aux Etats-Unis excusent du bout des lèvres. C’est ainsi parce que le soi-disant monde libre a peur de l’utérus musulman.

La grande France de la liberté l’égalité et la fraternité [en Français dans le texte] est effrayée par des petites filles avec des foulards sur la tête, le Grand Israël juif a peur de l’utérus musulman que ses ministres qualifient de menace démographique. L’Amérique toute-puissante et la Grande-Bretagne contaminent leurs citoyens respectifs avec une crainte aveugle des Musulmans, qui sont dépeints comme vils, primitifs et assoiffés de sang – en plus d’être non démocratiques, chauvins/ machistes et des producteurs en masse de futurs terroristes. Cela en dépit du fait que les gens qui détruisent le monde aujourd’hui ne sont pas musulmans. L’un d’entre eux est un Chrétien dévot, l’un est Anglican et l’autre est un Juif non pieux.

Je n’ai jamais vécu la souffrance que les femmes palestiniennes subissent tous les jours, toutes les heures, je ne connais pas le genre de violence qui fait de la vie d’une femme un enfer constant. Cette torture physique et mentale quotidienne des femmes qui sont privées de leurs droits humains fondamentaux et de leurs besoins fondamentaux d’une vie privée et de dignité, des femmes dont on entre par effraction dans la maison à toute heure du jour et de la nuit, à qui on ordonne sous la menace d’une arme de se mettre nue en se déshabillant devant des étrangers et devant leurs propres enfants, dont les maisons sont détruites, qui sont privées de leurs moyens d’existence et de toute vie de famille normale. Ceci ne fait pas partie de mon épreuve personnelle. Mais je suis une victime de la violence contre les femmes dans la mesure où la violence contre les enfants est en fait une violence contre les femmes. Les femmes palestiniennes, irakiennes, afghanes sont mes sœurs parce que nous sommes toutes prises dans l’étreinte des mêmes criminels sans scrupules qui se désignent comme les dirigeants du monde éclairé libre et qui, au nom de cette liberté et de ces lumières, nous volent nos enfants. De plus, les mères israéliennes, américaines, italiennes et britanniques ont été, pour la plupart, violemment aveuglées et décervelées à un point tel qu’elles ne peuvent pas se rendre compte que leurs seules soeurs, leurs seules alliées dans le monde sont les mères musulmanes palestiniennes, irakiennes ou afghanes dont les enfants sont tués par nos enfants ou qui se font exploser en morceaux avec nos fils et nos filles. Elles sont toutes infectées par les mêmes virus engendrés par les politiciens. Et les virus, bien qu’ils puissent avoir divers noms illustres comme Démocratie, Patriotisme, Dieu, Patrie, sont tous les mêmes. Ils font tous partie d’idéologies fausses et truquées qui ont pour intention d’enrichir les riches et de donner du pouvoir aux puissants.

Nous sommes toutes les victimes de la violence mentale, psychologique et culturelle qui fait de nous un seul groupe homogène de mères endeuillées ou potentiellement endeuillées. Les mères occidentales à qui on apprend à croire que leur utérus est un atout national tout comme on leur apprend à croire que l’utérus musulman est une menace internationale.

On les éduque pour qu’elles ne s’exclament pas : “Je lui ai donné naissance, je lui ai donné le sein, il est à moi et je ne le laisserai pas être celui dont la vie vaut moins que le pétrole, dont l’avenir a moins de valeur qu’un lopin de terre”.

Chacune d’entre nous est terrorisée par une éducation qui infecte l’esprit pour que nous croyions que tout ce que nous pouvons faire c’est soit prier pour que nos fils reviennent à la maison ou être fières de leurs corps morts.

Et nous avons toutes été élevées pour supporter tout ceci en silence, pour contenir notre crainte et notre frustration, pour prendre du prozac pour l’anxiété, mais jamais acclamer Mère Courage en public. Ne jamais être de vraies mères juives ou italiennes ou irlandaises.

Je suis une victime de la violence d’Etat. Mes droits naturels et civils en tant que mère ont été violés et sont violés parce que j’ai à craindre le jour où mon fils atteindra son 18ème anniversaire et me sera enlevé pour être l’instrument du jeu de criminels tels que Sharon, Bush, Blair et leur clan de généraux assoiffés de sang, assoiffés de pétrole, assoiffés de terre.

Vivant dans le monde dans lequel je vis, dans l’Etat dans lequel je vis, dans le régime dans lequel je vis, je n’ose pas offrir aux femmes musulmanes quelque idée que ce soit sur la manière de changer leurs vies. Je ne veux pas qu’elles enlèvent leurs foulards ou éduquent leurs enfants différemment, et je ne les presserai pas de constituer des Démocraties à l’image des démocraties occidentales qui les méprisent elles et les gens de leur sorte. Je veux juste leur demander humblement d’être mes soeurs, exprimer mon admiration pour leur persévérance et leur courage de continuer, d’avoir des enfants et de maintenir une vie de famille pleine de dignité en dépit des conditions impossibles dans lesquelles mon monde les met. Je veux leur dire que nous sommes toutes liées par la même douleur, nous sommes toutes les victimes des mêmes sortes de violences même si elles souffrent bien davantage, parce que ce sont elles qui sont maltraitées par mon gouvernement et son armée, avec l’aide de mes impôts.

L’islam en soi, comme le judaïsme en soi et le christianisme en soi, n’est pas une menace pour moi ou pour qui que ce soit. C’est l’impérialisme américain, c’est l’indifférence et la coopération européennes, et le régime israélien raciste et cruel d’occupation qui en sont une. C’est le racisme, la propagande dans l’éducation et la xénophobie inculquée qui convainquent les soldats israéliens d’ordonner aux femmes palestiniennes, sous la menace des armes, de se déshabiller en face de leurs enfants pour des raisons de sécurité, c’est le manque de respect le plus profond pour l’autre qui permet aux soldats américains de violer des femmes irakiennes, qui donne une licence aux geôliers israéliens pour garder des jeunes femmes dans des conditions inhumaines, sans les aides hygiéniques nécessaires, sans électricité en hiver, sans eau propre ou matelas propres et pour les séparer de leurs bébés et de leurs tout-petits nourris au sein. Pour leur barrer la route vers les hôpitaux, pour bloquer leur chemin vers l’éducation, pour confisquer leurs terres, pour déraciner leurs arbres et les empêcher de cultiver leurs champs.

Je ne peux pas complètement comprendre les femmes palestiniennes ou leur souffrance. Je ne sais pas comment j’aurais survécu à une telle humiliation, à un tel manque de respect de la part du monde entier. Tout ce que je sais est que la voix des mères a été étouffée pendant trop longtemps sur cette planète dévastée par la guerre. Le cri des mères n’est pas entendu parce que les mères ne sont pas invitées aux forums internationaux comme celui-ci. Cela je le sais, et c’est très peu. Mais c’est assez pour que je me souvienne que ces femmes sont mes soeurs et qu’elles méritent que je crie pour elles et me batte pour elles. Et quand elles perdent leurs enfants dans des champs de fraises ou sur des routes crasseuses près des check points, quand leurs enfants sont abattus sur le chemin de l’école par des enfants israéliens qui ont été élevés pour croire que l’amour et la compassion s’exercent en dépendant de la race et de la religion, la seule chose que je puisse faire est de me tenir à leurs côtés et à ceux de leurs bébés trahis et de demander ce qu’Anna Akhmatova, une autre mère qui a vécu dans un régime de violence contre les femmes et les enfants, avait demandé : Pourquoi ce filet de sang déchire-t-il le pétale de ta joue ?